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Résumé de la conférence du mardi 7 avril 2026, par Mme Lucie WISSEMBERG et M. Jean Luc ISNER: « La restauration du Palais de la Régence »


Résumé de la conférence du mardi 7 avril 2026, par Mme Lucie WISSEMBERG et M. Jean Luc ISNER: « La restauration du Palais de la Régence »

conférence du 7 avril 2026

LES RESTAURATIONS DE LA REGENCE A ENSISHEIM

Lucie Wissemberg – Jean Luc Isner

C’est dans la grande salle du palais de la Régence mis à disposition par la ville d’Ensisheim qu’a été donnée la 3éme conférence de l’année 2026, organisée par la Société d’histoire et en présence des adjoints au maire MM Bruyère et Misiano.

Face à une assistance composée d’une cinquantaine de personnes, Mme Lucie Wissemberg, archéologue à Archéologie Alsace, et M. Jean-Luc Isner, architecte du patrimoine, ont exposé leurs travaux dans le cadre de la restauration du palais de la Régence, lors de plusieurs phases entre 2022 et 2023.

                                                                                               M. ISNER et Mme WISSEMBERG

Mme Wissemberg a expliqué qu’elle s’est appuyée dans ses recherches sur les documents disponibles, a consulté les archives et a étudié les différents éléments mis à nu lors des travaux de restauration.

Avec une première partie relative au contexte général, elle a rappelé qu’Ensisheim, capitale des possessions d’Autriche antérieure et siège du gouvernement provincial, avait, sous l’impulsion de Ferdinand 1er, frère de l’empereur Charles Quint et archiduc des Vorlande, souhaité dès 1523 se doter d’un bâtiment pouvant accueillir son siège administratif.

La ville, relativement réduite en termes de surface et massée derrière sa double enceinte de fortifications, y concentrait tout son habitat, le château et ses dépendances. L’idée, évoquée un temps d’une installation de ce siège juridique et administratif à proximité du château, a finalement été abandonnée au profit du lieu actuel considéré comme plus central.

Après une autorisation délivrée en 1532, la date probable du début des travaux du palais de la Régence remonte à 1535. Les fondations sont creusées en 1537, le rez-de-chaussée étant terminé dès 1540. Mais le décès du maître d’oeuvre Stephan Gardner entraine une grosse année de suspension des travaux. Après un nouvel arrêt en 1547, l’administration s’installe enfin dans les locaux en 1549. Des compléments sont encore réalisés plus tard, comme les vitraux en 1555.

Construit selon un plan classique à la Renaissance, avec une disposition en équerre ou en « L » et une tourelle d’angle pour l’escalier en vis, le palais mesure 15 m x 13 m.

Il évoluera dans ses affectations au fil des siècles. Gouvernement provincial en 1549, il fera fonction de caserne en 1636/1637 durant la guerre de Trente ans, siège du Conseil Souverain d’Alsace en 1658 et, enfin, d’Hôtel de Ville après sa cession par le pouvoir royal à la municipalité en 1701.

La seconde partie de cet exposé a fait le point sur les objectifs et méthodes de l’intervention archéologique. Comme pour toute opération d’archéologie préventive, les études n’ont porté que sur les parties touchées par les travaux. Rien n’étant fait sur les fondations, aucun vestige en sous-sol n’a été dégagé, hormis quelques observations au niveau de la réfection du dallage sous les arcades. L’essentiel a porté en fait sur les élévations, nécessitant la mise en œuvre de différentes techniques telles que la dendrochronologie, des relevés photogrammétriques et l’analyse des signes lapidaires. Les résultats de terrain ont ensuite été confrontées à la documentation historique et archéologique déjà réunie auparavant.

La troisième partie aborde les résultats des travaux proprement dits, présentés selon la chronologie du chantier des origines à nos jours.

Pour l’état initial, on constate une conservation très homogène de la construction du 16e siècle, sans modifications structurelles majeure des maçonneries. Comme déjà dit, le bâtiment est élevé sur une cave, à deux niveaux, en équerre, avec escalier en vis. L’arrêt de chantier entre le premier et le second niveau a en revanche été bien noté dans le mur (côté musée) sous les arcades.

Les piliers sous les arcades reposent sur de larges semelles de fondation qui ont servi à stabiliser l’ensemble de la construction, notamment sur le pourtour de l’édifice, où elles sont liées (Ph 1).

Pour les parements ont été employés deux types d’éléments :

– de grosses pierres taillées portant des marques de travail en façade ;

– des moellons de grès et des briques pour le reste, dissimulés sous les enduits.

C’est dans ce second type de matériaux que se lit aisément la rupture correspondant à l’arrêt de chantier consécutif au décès du maitre d’œuvre (Ph2 et Ph3).

Les nombreux signes lapidaires relevés apportent aussi leur lot d’informations. Au nombre de 246, construits sur la base d’une croix latine, ils confirment les données chronologiques d’une construction homogène du 16e siècle. Grâce à des relevés antérieurs (Pierre Brunel), on savait déjà que les tailleurs de pierre avaient également participé à d’autres chantiers prestigieux à Thann, Sélestat ou Colmar, puisqu’on y retrouve les mêmes marques … Mais l’étude systématique qui met en évidence leur très grande diversité, avec 214 signes différents, donne une idée d’un chantier avec un nombre considérable de tailleurs de pierre, avec un ratio de quasi une pierre par ouvrier (mais pas tous en même temps ?).

La décoration, enfin, est assez ostentatoire, et commune pour l’époque avec un touche institutionnelle apportée par les blasons des territoires reproduits sur les clés de voûte des arcades. Les motifs de type serviette pliée des pilastres, fréquents sur l’ameublement de l’époque, sont en revanche originaux.

Le bâtiment que l’on peut admirer aujourd’hui a subi néanmoins les outrages du temps et des guerres. D’où de nombreuses étapes de travaux ultérieurs.

A la suite probablement des dévastations de la Guerre de Trente ans, d’importantes restaurations ont été apportées sur la charpente sud (aile des Arcades), encore en place de nos jours. La dendrochronologie a permis de noter deux séquences, en établissant des abattages de bois en 1664/66 d’une part et 1670/72 de l‘autre. Cette charpente comprend 3 niveaux de 504 pièces en tout, exclusivement de l’épicea. De nombreuses marques d’assemblages ont aussi été mises en évidence, avec des chiffres romains ou des contremarques, permettant de définir le mode opératoire de la construction, le départ se situant sur l’angle sud/ouest, côté église (Ph4 et Ph5).

En 1735 est réalisé le cloisonnement intérieur, créant divers compartiments dans les grandes et petites salles, manifestement destinés à accueillir les nouveaux services municipaux suite à l’acquisition du bâtiment en 1701. D’autres ajouts sont venus compléter le tout, dont des ouvertures dans les élévations de différentes formes et tailles (oculus …) (Ph6).

Les 19e et 20e siècles ont de même modifié certains éléments. En 1884, l’architecte des Monuments Historiques Charles Winckler a équipé la grande salle de ses boiseries néo Renaissance, dont le beau plafond accroché à des suspentes, mais aussi fait remplacer le dallage des arcades. Le buste de Jacob Baldé est mis en place au début du 20e siècle, posé dans une niche taillée à cet effet au-dessus de la porte de l’escalier en vis. Enfin, la charpente de l’aile nord (côté impasse) a dû être refaite à neuf à la suite du sévère bombardement de de la fin de la seconde guerre mondiale.(Ph7).

En conclusion, Mme Wissemberg confirme donc l’aspect plutôt homogène de la construction du palais de la Renaissance mais pointe aussi la subsistance de quelques zones d’ombre, dont l’organisation de la charpente d’origine.

M. Jean Luc Isner a poursuivi la conférence, la complétant avec une description des travaux de restauration dont il a eu la charge.

Il a expliqué que le bâtiment de la Régence a souffert au cours des dernières décennies, de nombreux éléments fragilisés devant être remplacés. Ainsi, des infiltrations au niveau des charpentes ont dû commencer très tôt, des greffes réalisées (près 1956) n’ayant même pas pu arrêter le processus de pourrissement des bases sur les murs. Avec des explications parfois très techniques, M. Isner a détaillé les travaux de couverture, décrit les types de tuiles utilisées, expliquant les travaux de charpente indispensables pour remplacer les bois pourris, précisant encore comment ont été sélectionnées les pierres de taille devant remplacer celles qui étaient dégradées.

Parmi les très nombreuses restitutions du conférencier, on a noté, pêle-mêle :

– le retaillage fastidieux des colonettes des piliers sous les arcades, les originales ayant été considérablement altérées par les remontées de salpêtre ;

– la recomposition des marches de l’escalier en vis, à partir de reprises en matériaux de synthèse ;

– la repose du dallage sous la halle, avec une moitié de dalles neuves et une autre de dalles anciennes restaurées ;

– l’évocation des « bricolages » sur la jonction de la charpente nord avec celle du sud, ayant provoqué d’importantes et récurrentes infiltrations ;

– une description approfondie des différends mobiliers pouvant avoir meublé les différentes salles (chaises, plafonds etc.) ;

– les peintures polychromes sous les arcades ;

– et les modifications structurelles apportées par Charles Winckler au 19e siècle, notamment le percement de la porte cochère donnant sur la rue de la 1ère Armée.

La présentation des travaux a été complétée par un long questionnement sur les références et choix architecturaux de ce monument, destiné à pointer les influences et les innovations, en terminant sur les réminiscences de ce même monument dans des constructions ultérieures de la région. Cette partie était toutefois trop dense pour pouvoir être résumée facilement. Nous laissons le soin à JL Isner de réunir ces idées dans un article bien hiérarchisé comme il se doit.

Au terme de cette conférence, l’assistance a pu se rendre compte des très nombreuses et coûteuses interventions de restauration apportées au Palais de la Régence depuis sa construction. Il ne restait à chacun qu’à souhaiter, qu’ainsi restauré encore récemment, cet édifice, ô combien emblématique de la cité, continuera longtemps de rayonner et à assurer son prestige !

A la fin de l’exposé, quelques questions ont été posées aux conférenciers.

La soirée s’est poursuivie autour du verre de l’amitié, offert traditionnellement par la Ville d’Ensisheim lors de l’Assemblée générale des associations.

Ph1 Vue des semelles de fondation soutenant les piliers extérieurs, sous les arcades (photo Archéologie Alsace).

Ph2Mur sous les arcades avec, en partie haute, la différence de pierres de construction, attestant d’une reprise de chantier en 1540 (phots Archéologie Alsace).

 

Ph3En rouge, les différences d’aggrégats (photo Archéologie Alsace).

Ph4 – Etat de la charpente transformée au 17ème siècle (Photo Archéologie Alsace).

Ph5Marque d’assemblage de la charpente de 1672 (photos Archéologie Alsace).

Ph6Intégration d’un oculus, 17e /18e s. (photo Archéologie Alsace)

Ph7 – Vue dégâts de la charpente nord, après la seconde guerre mondiale (photo Archéologie Alsace). 


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